Prof. J.-L. Ferrary (1948–2020)

Jean-Louis Ferray
2019. Foto J.-F. Dars, (©)<br>Französische Schule von Rom

Jean-Louis Ferrary est décédé le 9 août 2020. En lui disparaît prématurément, à la grande tristesse de ses collègues, élèves et amis attachés à cet esprit pénétrant et cette personnalité bienveillante, l’un des plus grands antiquisants contemporains, dont l’œuvre et l’action rayonnent bien au-delà du monde universitaire francophone.

Né le 5 mai 1948, Jean-Louis Ferrary parcourt avec brio les étapes de la voie classique en France pour les disciplines qu’il devait illustrer : École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégation de Lettres classiques, École française de Rome, maître de conférences à Paris IV-Sorbonne, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, où il enseigne l’« Histoire des idées politiques du monde romain », puis l’« Histoire des institutions et des idées politiques du monde romain ». Les nombreuses consécrations académiques qui le distinguèrent (Academia Europea ; Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ;  Istituto Lombardo ; Society for the Promotion of Roman Studies ; Reial Acadèmia de Bones Lletres ; British Academy ; American Philosophical Society) montrent l’aura que son œuvre lui acquit très tôt, au-delà de la France et de l’Italie – laquelle était comme sa seconde patrie.

Pratiquant à l’égal d’un Louis Robert la philologie et l’histoire étroitement conjointes et combinées, Jean-Louis Ferrary a bâti une œuvre originale, autour de quatre domaines principaux : les institutions et le droit romains, les idées politiques et philosophiques à Rome, les relations entre Rome et la Grèce, l’histoire de l’humanisme à la Renaissance et à l’époque moderne. Doté d’un zèle peu commun pour l’étude, il écrivit en maître dans ces domaines, frayant des voies négligées entre des champs philologiques et historiographiques souvent séparés, et explorant des domaines frontaliers que son œuvre a contribué à faire connaître de façon novatrice, suscitant aussi dans son sillage de nouvelles vocations. En témoigne sa bibliographie, comptant plus de 150 titres et plusieurs monographies, où se distinguent la réimpression augmentée (2014) de son maître-livre Philhellénisme et impérialisme, et plusieurs recueils de ses articles, parus ou encore à paraître, en différentes langues, qui montrent non seulement sa domination souveraine sur toutes les disciplines de l’érudition antiquisante, mais aussi son goût et ses facultés pour la synthèse historique.

Dans l’épigraphie de la Méditerranée, Jean-Louis Ferrary est l’un des rares savants des générations récentes à avoir eu une maîtrise parfaite non seulement utriusque linguae, mais aussi utriusque partis. En Romanus φιλέλλην, il fut à même de commenter et d’éditer des textes épigraphiques de toutes parts et de tous genres : documents juridiques romains, traités entre Rome et les cités grecques, inscriptions hellénistiques et impériales de Claros. Il exerçait une expertise incontestée pour l’ensemble de l’épigraphie antique, entre autres dans l’organisation des Congrès internationaux d’épigraphie grecque et latine.

Sa prolifique œuvre personnelle n’a pas détourné Jean-Louis Ferrary de s’engager généreusement pour défendre et promouvoir, avec autant d’habileté et d’affabilité que d’autorité, l’ensemble de l’Altertumswissenschaft, en France et à l’étranger. Il fut le relecteur toujours volontaire d’articles, de thèses, de manuscrits, entre autres pour la Revue de philologie, les Cahiers du Centre G. Glotz et la Série latine de la Collection des Universités de France, le garant ou le patron de quantité de candidatures en France et à l’étranger, le membre ou le président de commissions et d’instances dans maintes institutions françaises et étrangères (EPHE, CNRS, Institut de Droit romain, Istituto di Studi umanistici, Fondation Hardt, École française de Rome, AIBL et Institut de France). Il fut également un concepteur et un organisateur, qui mit sa volonté et son temps au service de travaux collectifs (e.g. la base de données en ligne Leges Populi Romani) et améliora les conditions de recherche procurées aux étudiants et aux collègues de toutes générations. Ainsi, il exerça pendant de nombreuses années la direction du Centre Glotz, où il sut avec tact faire collaborer à la fois les différentes catégories de personnels et les diverses écoles de pensée antiquisante, et il porta sur les fonts baptismaux la bibliothèque Gernet-Glotz, qui est aujourd’hui l’une des bibliothèques françaises de référence pour l’Antiquité, permettant d’y attirer également de nombreux chercheurs étrangers.

Κοινὸς εὐεργέτης, Jean-Louis Ferrary demeure un modèle pour notre œuvre et notre action à venir.

Denis Rousset
Vice-Président de l’AIEGL

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